La fondation de Bagnères lorsque la cape de Berger apparait pour la première fois

BELIOU CULENTOUS (1)

 

Milharis et la Croix de Béliou*

Il y a fort longtemps, et peut être beaucoup plus encore, vivait dans la montagne un vieux pâtre connu sous le nom de "Don Arris", mais que tout le monde appelait "MILHARIS".

Il faisait partie des grands anciens issus de la race des pasteurs nomades, celle qui avait succédée à la race des chasseurs des cavernes, et dont on trouve encore la trace au fond des grottes du Piémont, à Labastide, à Aurensan ou à Gargas.

Ses ancêtres venaient, dit-on, du Levant, et lui avaient appris l’art des guérisons miraculeuses et, au fil du temps, il était devenu l’inventeur d’une foule de remèdes composés le plus souvent de lait de brebis ou de vache, agrémenté d’un savant dosage de racines ou d’herbes sauvages.

Il habitait dans le pays des sources de l’Adour, au pied de la Montagne d’Arizes que d’autres, bien plus tard, ont baptisé Pic du Midi de Bagnères, puis de Bigorre et enfin Pic du Midi de Toulouse (Pourquoi pas celui de Paris tant qu’ils y sont !)

Sa cabane était faite de schistes, de bois et de terre comme celles de ceux qui vivent une grande partie de l’année en estive, car les cieux permettaient, en cette lointaine époque, d’avoir de l’herbe verte et grasse à la disposition des troupeaux pratiquement tous les mois de l’année

Ah ça, des bêtes, il en avait le vieux Milharis : Innombrables les vaches et innombrables les brebis qui couraient les pâturages du pays du Haut Adour…Jamais on ne le reverra plus.

Milharis venait de fêter sa neuf centième année, oui je dis bien 909 ; Il avait avec lui deux grands fils vigoureux qui s’occupaient de lui descendre les produits de la traite des bêtes vers la vallée ou s’étendait encore la grande forêt originelle qui commençait petit à petit à être défrichée et ou apparaissaient, de ci de là, quelques hameaux audacieux.

Un matin le vieux pâtre fut réveillé par le croassement lugubre et interminable des grands corbeaux noirs. Le ciel paraissait livide et du fond de sa couche d’herbes sèches, il appela un de ses fils auprès de lui afin de s’enquérir du temps qu’il faisait dehors, trop fatigué pour se lever d’un bond comme autrefois.

Le plus âgé de ses fils pénétra dans la cabane, il avait l’air bouleversé.

-         Père, Père, une poudre étrange et froide est tombée cette nuit…On ne distingue plus les chemins des pâturages…De Ballonque à Sencours, on ne voit plus qu’un grand manteau blanc….

-         Oh terreur, la Neige, la Neige, c’est la fin d’une époque et, comme l’avait prédit le grand magicien de Pyrène, cette neige va devenir mon linceul…nul filtre, ni remède de plantes ne pourra empêcher le Dieu des Ténèbres de venir me chercher…Va et ramène-moi ton frère et ma cape de bure….

Milharis s’assoupit un peu car déjà il sentait une torpeur l’envahir petit à petit…il rouvrit les yeux lorsqu’il sentit ses deux fils de retour…Le cadet porta à ses lèvres une coupe remplie d’un liquide épais qu’il ne connaissait pas.

 

Le vieil homme y trempa ses lèvres puis en repris de nouveau, ce qui ranima l’espace d’un instant, la flamme vacillante de son grand corps décharné…

-         Mais quel est donc ce fruit d’une saveur malicieuse ?

-         Père, pour sur ce n’est pas le fruit de la ronce !

-         Mes enfants, rapprochez-vous de moi car je n’ai plus de forces et écoutez bien ce que je vais vous dire : Il va falloir partir parce que des temps nouveaux sont annoncés et vous établir plus bas dans la vallée…Toi, le cadet qui m’a fait boire ce breuvage, ramasse-moi toute cette neige et fais-moi une grosse boule que tu lanceras de toutes tes forces vers la montagne, et surtout, regardes bien ou elle tombe car c’est là que tu devras m’enterrer…Toi l’aîné, tu devras sonner le cor pour rassembler toutes les bêtes avant qu’il ne soit trop tard, tu mettras mille et cent têtes devant et mille et cent têtes de brebis derrière….surtout ne perd pas de vue la belle vache noire à clarine d’argent c’est elle qui devra conduire le troupeau…

Milharis marqua une pose car le souffle venait à lui manquer, puis il reprit :

-         Mon fils, il faudra bien suivre cette vache noire et surtout bien marquer l’endroit où elle s’arrêtera une première fois, car ta descendance y fera fortune mais pour le moment il n’y a à cet endroit que marécages et bouquets d’aulnes…il faudra ensuite continuer vers l’aval, bien plus loin, là où poussent les grands sapins centenaires…

Le vieux pâtre des montagnes eut un dernier râle et expira, enroulé dans sa cape de bure, une poignée de neige fraîche dans la main et en murmurant une dernière fois.

-         Les temps changent, le christianisme arrive.

Avec lui disparaissaient la grande tradition de la première civilisation pyrénéenne dont l’origine se perd dans la nuit des temps et dont le passage est attesté par de nombreux mégalithes dans les estives : cromlechs, dolmen, menhirs et autres alignements.

Ses dernières volontés furent respectées et le plus jeune de ses fils qui était le plus vigoureux aussi confectionna une énorme boule de neige qu’il lança tellement fort qu’elle passa au-dessus de la Montagne de Ballonque pour échoir de l’autre côté de la vallée de Lesponne, sur les flancs du Montaigu…puis il enroula son vieux père dans sa vielle cape et le porta jusqu’à l’endroit où il retrouva le projectile glacé, à proximité d’un petit col…Il creusa une fosse et y déposa le patriarche avant de descendre dans la vallée pour tailler dans un bloc de marbre une stèle ou il grava l’effigie du Dieu de son père, le dieu de la lumière et du soleil…Abellios….D’autres viendront plus tard retailler ce disque en forme de croix et y graver l’image du Christ… plus tard encore, d’autres viendront dérober « Era cruz de Beliou » comme l’appellent encore les Bergers de Lesponne, et ce par trois fois, ce qui provoqua chaque fois des pluies diluviennes qui durèrent quarante jours…

Mais revenons à l’autre fils : Après avoir réuni toutes les bêtes, il entreprit le long voyage vers la vallée, inaugurant ainsi ce qui allait devenir pour des siècles le grand moment de la vie pastorale : la transhumance… Après une bonne journée de marche, la vache noire de tête marqua une pause dans des marécages qui, curieusement, n’étaient point recouverts de neige…A certains endroits, des sources chaudes et odorantes couraient dans tous les sens à tel point que le bétail s’y roulait dedans, comme pris par un soudain plaisir…Ce lieu étrange fut baptisé « Abate », ce qui voulait dire « les eaux » dans le langage des anciens… Puis plus tard Bagnèrolles, Vicus Aquens, Bagnères Adour et enfin Bagnères de Bigorre…

Une fois le troupeau repu, le long cortège s’ébranla de nouveau en direction des plaines jusqu'à la fin des prairies enneigées, au pied d’une butte en lisière d’une forêt de sapins.

L’herbe y était drue et grasse et l’aîné des fils décida, comme lui avait suggéré son père, de s’y établir d’autant plus que la configuration du terrain permettait d’observer la vallée et de s’y protéger contre d’éventuels envahisseurs…Cet endroit se nommerait plus tard Montgaillard.

Ainsi s’achève la merveilleuse histoire du pâtre Milharis, légende orale mainte fois modifiée mais dont le fond reste le même à peu de choses près : une étude très sérieuse a été réalisée à ce sujet par Xavier Ravier dans son livre : le récit Mythologique de la Haute Bigorre, épuisé, cet ouvrage peut encore se trouver chez EBay ou sur Amazon.fr pour une quinzaine d’euros (Edisud-Editions du CNRS)

*: Béliou vient de Abelios, Dieu du Soleil

Autre légende, attachée à Milharis et la croix caractéristique qui matérialise l’emplacement de son tombeau :

La croix de Béliou fut volée deux fois, mais à chaque fois, des précipitations cataclysmiques se sont abattues sur la région pendant 40 jours... La deuxième fois, elle a été retrouvée à Bagnères et remise en place avec un socle bétonné, et comme par enchantement, les précipitations s’arrêtèrent au moment où la croix fut sellée et la Haute Bigorre put retrouver le soleil et la quiétude

La coutume veut que l'on dépose une pierre au pied de cette croix en faisant un vœu

iTINERAIRE DE LA CROIX DE BELIOU

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